Nos créateurs mis à l’honneur #1: Deux Pouces

Liège, on aime! Mais ça, vous le saviez déjà.

Ce que l’on aime aussi, eh bien… ce sont les liégeois. Mais pas n’importe lesquels: ceux qui font bouger Liège, ceux qui la font vivre. Alors, nous avons décidé de mettre quelques créateurs liégeois à l’honneur. Que ce soit pour la beauté de leur art, pour leur originalité ou tout simplement pour le message qu’ils font passer, nous tenions à vous les présenter !

Pour éviter les interviews un peu fades et « bateaux », nous avons décidé de fonctionner avec un système particulier : l’artiste pioche de petits papiers provenant de trois pots différents : l’Artiste, la Femme/l’Homme, Liège.  Vous aurez donc le plaisir de découvrir l’artiste, la personne, mais aussi de chouettes adresses dans notre belle ville.

Aujourd’hui, nous avons l’honneur de vous présenter une artiste singulière : Marianne de DEUX POUCES.

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Marianne Célis – Deux Pouces / Crédit photo: Michel Tonneau

Cette jolie demoiselle, amoureuse du stylisme et de la peinture, n’a pas réussi à choisir entre ses deux passions : ses créations sont donc une fusion entre l’art et l’habillement. Marianne Célis, 26 ans, a créé sa propre marque il y a 3 ans lorsqu’elle était toujours aux études et n’a de cesse de gravir les échelons.

Pour la petite histoire…

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Crédit photo: Hélène Grailet

 

Marianne dessine depuis son plus jeune âge (7 ans) et s’essaie tout d’abord au fusain. Quelques années plus tard, elle découvre la peinture à l’huile. Elle a un réel coup de coeur pour cette technique lui permettant de donner du relief à ses dessins. Ses talents de dessinatrice se développent mais l’enfant qu’elle est n’oublie pas pour autant son amour pour la mode. « J’ai dit à ma mère que plus tard, je voudrais être 6 mois par an peintre, et les 6 autres mois styliste ».

Peu de temps après,  Marianne s’abonne à des magazines « tendances » (Weekend, Vif l’Express,…) histoire de rester à l’affût des dernières tendances en matière de stylisme. Elle feuillette ces revues, animée par l’intime conviction qu’elle se lancerait dans la mode dès ses 18 ans.

Notre artiste en herbe entreprend donc des études de mode, à Liège. C’est lors des stages que naît l’idée de créer sa propre entreprise. « A cause de mon handicap, mes professeurs ont souvent souligné dans mes travaux que j’avais une lenteur naturelle. Ils aimaient mon travail et le trouvaient esthétique, mais cette notion de lenteur revenait sans cesse. On sentait que c’était un certain poids. J’ai même dû demander une lettre de recommandation à ma directrice d’école car certaines personnes ne me croyaient pas capable d’accomplir ce que j’avais fait. » 

« Quitte à devoir te justifier sans cesse, autant créer ton entreprise. Tu sauras ce que tu as accompli. »

Son travail

Deux Pouces, c’est avant tout des créations hautes en couleurs, en matières, et qui donnent la pêche!

Marianne travaille selon son inspiration mais aussi sur commande, que ce soit pour des grandes occasions (mariage, soirée chic…) ou tout simplement pour le plaisir. « J’aime tout faire, j’aime créer mais j’adore également les collabs: l’idée de transformer une idée en matière, de pouvoir la concrétiser… Lorsque j’ai une commande, je fais un croquis mais j’ai déjà tout en tête. J’aime ensuite amener la personne à ce projet de collaboration, à le matérialiser ensemble. J’aime cet échange entre deux personnes, j’aime aussi travailler avec plusieurs avis, points de vue. »

Deux Pouces, c’est du stylisme ET de la peinture. Malheureusement, il reste difficile de se promouvoir en tant qu’artiste-peintre. L’entrée dans le milieu demande beaucoup plus de travail et de temps (trouver des galeries, des fonds, des contacts…). Les oeuvres de Marianne restent donc plus confidentielles, et se vendent essentiellement à des proches. « Je mélange quand même l’art et le stylisme car certains des imprimés de mes tissus viennent à la base de mes peintures. » Le rêve de Marianne serait d’organiser des expositions regroupant ses deux passions. Qui sait, dans un avenir proche?

L’interview 

  • LIEGE: Cite-nous un endroit à Liège que tu aimes pendant l’été.

Le parc de la Boverie! Parce que je trouve qu’il n y a pas assez de coins verts à Liège… Je suis trop contente d’avoir un petit coin de verdure. L’été, tu vas là-bas, tu prends de la bière et tu discutes avec tes potes. En plus, on est beaucoup moins les uns sur les autres (en comparaison avec le Jardin Botanique, par exemple). J’étais un peu triste avec les travaux, j’avais peur que ce soit trop long. Mais je suis contente que le nouveau musée de la Boverie ouvre, je pense que ça va être vraiment chouette !      

La  Boverie – ouverture le 5 mai 2016. www.laboverie.com

  • ARTISTE: Où as-tu appris ton métier?

J’ai appris mon métier avec ma sœur, plutôt par mimétisme. Je suis très fusionnelle avec ma grande sœur. Elle a commencé tôt l’aquarelle et la peinture, j’imitais ses gestes. Puis, je donnais mes croquis comme cadeau à mon entourage, pour faire plaisir. Je me suis rendue compte que j’aimais vraiment peindre, et qu’en plus, je faisais ça bien!  Je me suis donc inscrite à des cours: j’ai multiplié les ateliers créatifs (peinture sur soie, sur porcelaine… si, si). Ensuite, je me suis inscrite à un atelier qui avait lieu tous les dimanches matins (dur dur quand je sortais) avec un super professeur. J’ai suivi ces cours de mes 12 à mes 18 ans. J’aimais vraiment ça et je voulais en faire mon métier. Mais il faut savoir que mon père était quelqu’un de très matheux, qui craignait donc que je ne puisse pas vivre uniquement de ma passion. C’est la question que je me posais aussi: arriverais-je à en vivre? J’ai donc eu un parcours classique avec des cours généraux avant de me lancer dans un parcours artistique.

Concernant la couture, j’ai pris des cours dans une ASBL (Vie Féminine) dès mes 16 ans, tous les mercredis, dans l’après-midi. C’est là que je me suis rendue compte que j’aimais coudre, que j’y arrivais et que cela m’apaisait beaucoup. A 18 ans, je me suis donc inscrite au parcours académique.

Je voulais ce diplôme, je voulais prouver que j’en étais capable, même avec deux pouces! C’est pour ça que j’ai fait mode puis l’Académie des Beaux-Arts. Pour l’expérience concrète, j’ai fait des stages (Chez Jessie Lecomte) où j’ai pu travailler beaucoup de textures et de matières, ce qui m’a beaucoup plu. J’ai aussi réalisé mes stages chez Valentine Donck, à Hamoir. Elle est très écologique, utilise la teinture naturelle, et travaille beaucoup la soie. C’est après cette expérience je me suis dit que je pouvais me lancer, car elle bosse dans une toute petite structure, comme la mienne (atelier chez soi). Je me suis dit: « Tant pis, je fonce et j’y vais. » J’ai eu peur de me lancer seule évidemment, mais j’ai toujours eu la chance d’être très soutenue par mes amis et ma famille.  Ils m’aident quand j’ai des doutes, et je leur demande souvent leur avis. Ce n’est pas les pros qui ont toujours un avis intéressant, car j’ai des amies qui représentent le public que je vise (Plus-size). Elles font partie intégrante de Deux Pouces.

Pour moi, ce n’est pas un métier, mais plutôt une passion : je crée car c’est ma manière d’exister. Je le fais partout: en vacances, sur une terrasse, n’importe où! Je considère cela comme une passion qui me permet de vivre, pas comme un métier.

Jessie LecomteValentine Donck

  • LA FEMME: Si tu devais nous concocter un plat, lequel choisirais-tu? 

J’aime bien cuisiner mais j’ai une cuisine très « personnelle » (comme mes amis aiment dire). Je fais plutôt de la cuisine frigo, la créativité est aussi présente dans mes plats (rires). Il y a parfois des ratés, mais parfois des belles réussites. Mon palais est un peu tout terrain et je fais souvent des expérimentations. Mais je suis fana de la nourriture africaine, car j’ai grandi avec (samoussa, banane plantain, sombe – épinards rwandais – mon plat préféré). Une autre cuisine que j’adore est la cuisine libanaise: houmous, caviar d’aubergine, patates épicées. De manière générale, j’aime les plats conviviaux que l’on peut partager. J’ai un peu de mal avec la cuisine sophistiquée, gastronomique. Une bonne adresse pour manger libanais, c’est  « Les cuistots- bistrot à mezzes » . Le seul hic, c’est que c’est petit. Mais les ingrédients sont frais, les plats sont bons et le personnel très sympa. C’est une super ambiance, où l’on se sent « comme chez soi ». Autre libanais,  le Cèdre (Guillemins). Quand je ne veux pas cuisiner, je les appelle.

Les Cuistots – Bistrot à Mezzes – Ouvert de 10h à 18h – Rue des Mineurs, 4 (Liège)

Au Cèdre – Ouvert tous les jours – Rue des Guillemins, 100 (Liège)

  • LIEGE : Où trouver de jolis bijoux ?

J’adore les bijoux, mais je suis surtout fan de boucles d’oreilles (au point de rater mon bus si je me rends compte que je n’en porte pas). Je les achète chez SKALP : c’est une créatrice liégeoise qui réalise de magnifiques boucles d’oreilles en émail, en pierre… Avant, j’achetais beaucoup chez Hema, Six (et Coco quand je voulais une jolie paire). Mais j’ai vraiment eu un coup de cœur pour cette créatrice. Je préfère désormais acheter moins et mettre le prix de temps en temps pour une belle paire de chez SKALP. Elle anime aussi des ateliers, ce qui est vraiment chouette. Puis, je citerais Poncho pour les boucles d’oreilles en bois. Aussi non, je me sers aussi chez ma sœur (rires). Je ramène aussi des boucles d’oreilles quand je pars en voyage, et  j’en reçois de mes amies de longue date quand elles partent en vacances. Elles ne m’ont jamais déçue!

SKALP – Egalement disponible chez Wattitude (Rue Souverain Pont, 7 à Liège)

  • ARTISTE : Qu’aimerais-tu que l’on retienne de ton travail ?

Si déjà on retient mon nom (rires)!  Non, plus sérieusement, Deux Pouces  c’est de l’art, de la mode, et c’est ethnique au sens large. Je veux mettre ce mot « ethnique » au sens large car j’adore la géo, l’histoire de l’art, l’ethnologie, les peuples primaires… Par exemple, je suis impressionnée que l’on ne parle pas plus des Amérindiens, ce peuple opprimé qui reste toujours là malgré la modernité et le fait que les gens veulent rentrer dans des moules. Les Masaï font toujours leurs tissus, les Maoris ont toujours leurs tatouages. On a beau vouloir vulgariser tout ça, il y a toujours un noyau dur qui reste et ça me fascine. Pour mes collections, je pars souvent  d’un reportage ou d’un livre que j’ai lu. Mes créations ont aussi un sens ludique,  un peu « pas de sens ». J’aime aussi mon côté terre à terre, et le fait de travailler des textures. Par exemple, j’ai créé des vêtements avec des bandes audios, lors d’une thématique qui mettait en avant les personnes avec un handicap. J’avais interrogé des personnes aveugles qui se disaient très sensibles au niveau acoustique: ils se repèrent dans la pièce grâce au bruit. J’ai donc cherché des matières qui font beaucoup de bruit, et j’ai trouvé les bandes. Ce n’est pas parce que je fais de la mode que ça doit être de la mode au départ. J’aime faire de la récup. Et Deux Pouces, c’est aussi de la mode pour tous. Des pièces qui coûtent certes un peu plus cher mais tu sais que tu te sentiras bien dedans. C’est important aussi car je crée pour du Plus-Size, et je veux que les personnes se sentent bien dans leur vêtements, peu importe la taille. Je crée pour ces filles qui se disent « On n’a pas pensé à moi! »

  • LA FEMME: Selon toi, une femme devrait toujours :

Savoir qui elle est!  Je pense qu’il est important de savoir qui l’on est, de ne pas avoir peur de dire quand on n’est pas d’accord,  ou lorsque l’on ne nous a pas respecté. Par exemple, dans ma jeunesse, il y a eu beaucoup de parents d’élèves qui avaient peur de mon handicap, et qui ne voulaient pas que je donne la main à leur enfant. Et puis, mon père m’a dit ceci: « Tu sais, quoi qu’il arrive,  toute ta vie on va te regarder, on va avoir un avis sur toi et les gens te jugeront. Tu as des mains particulières, tes pieds aussi sont particuliers, tu marches d’une certaine manière. Tu devras t’habituer à ce que l’on te regarde ainsi. Mais marche toujours la tête haute, ne te limite pas à ça. » Tu n’est pas ce que les gens regardent. Il ne faut pas avoir peur de dire ce que tu penses. Parfois on me dévisage dans le bus, de manière intense. Je les regarde et je leur demande « Vous avez des questions ? ». Cela peut être un peu direct, mais il faut pouvoir casser la glace. Je trouve cela important. Ici, l’exemple est le handicap; mais cela peut-être le surpoids, ou bien une couleur de cheveux (comme le : « t’es roux »). A l’heure actuelle, où tout est très superficiel, très axé sur l’image (Facebook), je trouve cela important. Il faut arrêter de se dire: « Je suis quoi par rapport aux autres? »  mais plutôt « Qui je suis, qu’est-ce que je veux être ? »

  • ARTISTE: D’où vient le nom: « Deux Pouces » ? :

Il y a plusieurs explications. La première, c’est que le logo représente mes deux mains. C’est clairement pour m’identifier, et cela permet de savoir directement qui je suis; c’est une manière de me démarquer. L’autre lecture, c’est que je travaille avec mes mains, je couds avec mes mains. Il faut aussi mettre ça en avant. Le dernier point, c’est que mes deux pouces sont mon point commun avec tout le monde aussi. Moi je n’ai peut-être « que ça » mais les autres l’ont aussi. C’est donc Deux Pouces, comme tout le monde.

  • ARTISTE : Quel est le plus beau compliment que tu aies reçu en tant qu’artiste ?

Je pense que c’est pendant ma dernière année d’études. Quelqu’un avait vu un de mes vêtement et dit « Ça, ça doit être Marianne »! Je trouvait cela très touchant car même si je n’était pas là, on arrivait à identifier mes créations,  ma patte. Je me suis dit que j’avais tout gagné au final. C’était super chouette. Dernièrement, plutôt sur le plan personnel, ma nièce de 12 ans faisait un atelier peinture-couture avec moi , et elle m’a dit « Moi, je dis toujours à mes copines que, plus tard, j’aimerais faire comme toi: je veux être styliste/peintre». Je me suis vraiment dit : si tu évoques quelque chose de positif comme ça, c’est vraiment chouette.

  • BON PLAN LIÈGE : Où goûter entre copines ?

Chez Darius Café.  Mais que ce soit leurs gâteaux, leurs chocolats chauds, leurs thés, tout est toujours délicieux. Après une journée de boulot, c’est l’endroit où j’aime me poser pour discuter et me relaxer.  Je vais aussi souvent au Pain Quotidien. J’aime aussi y aller car c’était le QG de mon père. Les produits sont très bons ainsi que leur thés.

Darius Café – Rue Charles Magnettes, 1C (Liège)
Le Pain Quotidien – Rue du Mouton Blanc, 19 (Liège)

  • LA FEMME : Raconte-nous ta plus grande honte…

Je l’ai eue il n’y a pas si longtemps en plus (rires). C’est plutôt une honte professionnelle. C’est là que je me suis dit « Marianne, réfléchis avant de parler ». Nous étions à l’appartement (lieu d’expo) pour les Coteaux. Et je n’avais encore jamais rencontré le propriétaire. Je n’arrêtais pas de me dire « Et quoi, il est passé où ?? ». Je vais ensuite près de l’organisatrice et je lui demande : « Mais enfin il est où ? Franchement, on l’attend depuis des heures. Je sais qu’il a un superbe endroit mais il ne faut pas exagérer. » Puis, l’organisatrice me dit discrètement de me taire, se tourne et me présente l’homme qui était à sa gauche : « Ben voilà je te présente… ». J’ai fait comme si de rien n’était et je me suis présentée tout sourire. Je pense qu’il ne s’est rendu compte de rien, du moins j’espère…

A ne pas rater

Si vous avez envie de découvrir les jolies créations de Deux Pouces, rendez-vous le jeudi 12 mai de 18 h à 21h, à l’Office Café! Marianne y organisera un atelier « Attache ton foulard! » et vous pourrez voir, toucher ses créations ! En tout cas, nous, on y sera! Et vous?

Office Café – Rue Souverain Pont, 26 (Liège)
Le site

N’hésitez pas non plus à aller consulter la page Facebook et le site de Marianne.
(FacebookSon site)

Enfin

Un tout grand merci à Marianne pour son accueil, sa gentillesse et son sourire. Nous avons passé un super moment et espérons avoir retranscrit cela dans notre article ! 🙂

Quant à vous, lecteurs, nous vous donnons rendez-vous très vite pour la découverte d’une nouvelle artiste liégeoise (on garde encore un peu le suspens…).

Margot & Pauline

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